Mise en bouche

Vous êtes chez des amis et vous avez droit en entrée à une succulente soupe verte originale. Vous aimeriez savoir la refaire alors vous posez la question habituelle :

Mais comment fais-tu ça ?

A cette question, trois types de réponses sont possibles (avec variantes)

Système propriétaire

Je ne peux pas te le dire, c’est un secret de famille !

Nous sommes ici en présence d’un système fermé, dit propriétaire : vous n’avez aucune information sur les ingrédients nécessaires, les techniques à utiliser, les temps de cuisson, etc. Il ne vous reste plus qu’à conseiller à vos hôtes d’ouvrir un restaurant et à… trouver de nouveaux amis1

Système open source

Voici l’adresse d’un site où tu trouveras toutes les explications !

Nous sommes ici en présence d’un système ouvert, dit open source : sur cette page, vous avez tout ce qu’il faut pour réussir également la même soupe (avec un peu d’entraînement évidemment). Et en prime, vous avez droit à des commentaires d’autres gourmets qui vous permettent d’améliorer (ou pas :-) votre soupe : vive le partage !

Imaginons maintenant que vous soyez curieux, que vous testiez quelques évolutions de la recette et que vous découvriez l’élément qui change tout. Se pose alors la question du partage de cette information : qu’allez-vous en faire ? Si vous choisissez de la garder pour vous, on se retrouve alors dans le cas de figure n°1 (système propriétaire). Si vous décidez de la partager à votre tour, quelle qu’en soit la manière (dans les commentaires, une nouvelle fiche recette, sur un autre site, etc.), vous permettez à d’autres de se faire plaisir également et augmentez le bonheur sur Terre2 !

Pour le cas de figure n°3, imaginons que votre ami rajoute à la réponse du n°2 :

Système libre

Par contre, je te demande de ne pas le garder pour toi, y compris si tu y apportes des modifications, mais d’en faire profiter tout le monde…

Nous sommes ici au stade ultime, que l’on appelle un système libre : en bref, si on me demande comment je fais je n’hésite pas à donner les informations nécessaires et si j’apporte des modifications je m’engage à le partager avec tous (si ça vaut le coup bien sûr). Il existe ici une dimension sociétale qui cherche à promouvoir le partage et la coopération. Bien évidemment, il s’agit ici d’un accord de principe, à chacun de voir la valeur qu’il apporte à la parole donnée.

OK ! Et le rapport avec le logiciel, c’est ?

Dans le monde du logiciel

Et bien c’est pratiquement la même chose, à la différence près qu’un logiciel libre est défini comme suit par la Free Software Foundation (FSF) :

Un programme est un logiciel libre si vous, en tant qu’utilisateur de ce programme, avez les quatre libertés essentielles :

  • la liberté d’exécuter le programme comme vous voulez, pour n’importe quel usage (liberté 0) ;
  • la liberté d’étudier le fonctionnement du programme, et de le modifier pour qu’il effectue vos tâches informatiques comme vous le souhaitez (liberté 1) ; l’accès au code source est une condition nécessaire ;
  • la liberté de redistribuer des copies, donc d’aider votre voisin (liberté 2) ;
  • la liberté de distribuer aux autres des copies de vos versions modifiées (liberté 3) ; en faisant cela, vous donnez à toute la communauté une possibilité de profiter de vos changements ; l’accès au code source est une condition nécessaire.

Un programme est un logiciel libre s’il donne toutes ces libertés aux utilisateurs de manière adéquate. Dans le cas contraire, il est non libre. Bien que nous puissions faire une distinction entre différents schémas de distribution non libres, en quantifiant ce qui leur manque pour être libres, nous les considérons tous comme équivalents dans leur manque d’éthique.

Pour en savoir plus, allez faire un tour sur la page idoine de la FSF.

Et comment sait-on qu’un logiciel est libre ?

Pour cela, il suffit d’aller lire sa licence, mais c’est là que cela commence à être compliqué car il en existe des dizaines (voire centaines). En fait, chacun peut rédiger sa propre licence, c’est à dire expliquer à l’utilisateur ce qu’il a le droit de faire, ou de ne pas faire, avec le logiciel. Les licences se doivent d’être juridiquement applicables si elles veulent avoir une valeur quelconque devant les tribunaux, car c’est uniquement à cela qu’elles servent. C’est pour cela qu’elles sont souvent incompréhensibles par le néophite et que les grosses sociétés ont à leur service une armée de juristes (elles peuvent se le permettre !).

Pour savoir si le logiciel que vous souhaitez utiliser peut-être considéré comme libre, vous pouvez vous rendre sur la liste des licences commentées sur le site de la FSF. Les licences libres les plus connues sont les GPL, BSD, Apache, MIT, CeCILL.

Un rapport avec le droit d’auteur ?

Les droits d’auteur sont un autre sujet assez complexe, car il n’existe pas un droit mais plusieurs : droits moraux, droits patrimoniaux. Qui plus est, il y a une différence entre le droit d’auteur français et le fameux copyright anglosaxon.

Et le copyleft ?

Comme indiqué sur la page d’introduction au copyleft sur le site de la FSF :

Le copyleft est une méthode générale pour rendre libre un programme (ou toute autre œuvre) et obliger toutes les versions modifiées ou étendues de ce programme à être libres également.

C’est un système dit viral qui oblige tout travail dérivé, ou tout travail utilisant un autre travail sous copyleft, d’être libre. Il utilise le système du copyright (qui peut vous interdire de faire quelque chose) pour vous obliger à faire quelque chose : l’arroseur arrosé ;)

Mais je n’arrive pas à voir la différence entre open source et libre… :(

Rassurez-vous, c’est assez normal. Dans la pratique cela ne change pas grand chose. Il s’agit plutôt de différences philosophiques (certains diront idéologiques, dans un sens comme dans l’autre) : le monde open source se dira plus pragmatique (opportuniste) alors que le monde libre se verra plus dans l’élaboration d’un monde libre et du partage (utopie).

Si vous souhaitez en savoir plus sur l’historique, les tenants et aboutissants du logiciel libre, nous vous recommandons la lecture de l’excellent livre Utopie du logiciel libre de Sébastien BROCA (version papier ou numérique)3.

En pratique

Tout ce blah blah c’est bien joli, mais ça donne quoi en pratique ?

Transparence

Pour le logiciel propriétaire c’est assez simple, vous pouvez le comparer à une boîte noire : vous savez ce qui y entre (c’est vous qui l’y mettez) et vous avez une idée de ce qui en sort. Pourquoi uniquement une idée, parce que vous ne pouvez savoir tout ce qui est fait avec les données que vous fournissez, par définition. Un logiciel a une utilité et c’est ce service que vous recherchez, mais les éditeurs peuvent profiter des informations que vous donnez pour en faire autre chose, et ça vous ne pouvez pas le savoir… La seule chose que vous pouvez faire est de faire confiance à l’éditeur ;)

Pour le logiciel open source (et a fortiori libre), le code source (la recette de cuisine) est disponible à tous ceux qui veulent l’étudier donc il est possible de savoir tout ce qui est fait avec vos données.

C’est bien beau, mais moi je n’y connais rien au code !

C’est possible, mais autour de ces logiciels se créent souvent des communautés de gens (codeurs ou non) dont certains ont les capacités de comprendre le logiciel, de le modifier, de le documenter, d’en faire la promotion : bref, de le faire vivre… ou mourir. Il arrive parfois que certains ne s’entendent plus entre eux et décident de cloner le projet et de partir dans une autre direction : c’est ce qu’on appelle dans notre jargon un fork. Certains réussissent, d’autres échouent, souvent selon l’engouement envers le projet et la réaction de la communauté initiale. Mais dans ce cas là ce sont les utilisateurs qui sont les acteurs de la vie du logiciel, contrairement au logiciel propriétaire où la vie est subordonnée aux desiderata de l’éditeur (ou plus souvent de ses financiers).

Popularité

Et il y en a beaucoup des logiciels open source/libres ?

Presque partout ! La majorité des serveurs tournent avec le système d’exploitation GNU/Linux, les serveurs web sont pratiquement tous open source, les serveurs de bases de données les plus connus également. Beaucoup de sites internet et de logiciels actuels utilisent des briques open source.

Chez infoPiiaf

Et vous, vous en pensez quoi ?

Chez infoPiiaf, cette prise de conscience de la puissance du logiciel libre, notamment en terme d’autonomisation des utilisateurs, s’est faite progressivement. Initialement le fonctionnement était le même que chez la majorité des éditeurs de logiciel : les sites étaient la propriété exclusive d’infoPiiaf. Puis nous avons voulu libérer nos clients (et partenaires) et leur permettre, s’il le souhaitaient, de partir avec leur outil pour l’héberger eux-même ou aller chez un autre prestataire (même si ça n’est jamais arrivé). Bien évidemment, ils n’avaient pas la possibilité de le revendre.

Nous en sommes maintenant arrivés au stade où nous souhaiterions, bien évidemment avec l’accord de nos clients, libérer totalement certaines de nos applications. Pourquoi certaines et pas toutes ? Parce que toutes n’apportent pas réellement un plus à la communauté…

Désormais, autant que faire se peut, nous ferons en sorte d’élaborer dès le départ des projets des solutions libres ou open source, pour permettre à tous ceux qui sont intéressés d’apporter leur pierre à l’édifice.

  1. Un peu radical ;)

  2. Vive le monde des Bisounours MD !

  3. Nous ne connaissons pas l’auteur et n’avons aucune action chez cet éditeur :-P